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Le Pen ou Macron, quelles conséquences pour vos placements?

De nombreux commentateurs se focalisent aujourd’hui sur les conséquences politiques des élections présidentielles en France. Mais qu’en sera-t-il de leurs répercussions sur l’économie de l’Europe et sur la santé de vos placements?

Ce deuxième tour des élections présidentielles est exceptionnel à plus d’un titre. Pour commencer, c’est la première fois depuis longtemps que les deux candidats en lice n’appartiennent ni l’un ni l’autre à la majorité parlementaire. De plus, ni Emmanuel Macron ni Marine Le Pen ne représentent un parti traditionnel. Les résultats du premier tour révèlent que près de deux tiers des électeurs se sont prononcés en faveur d’outsiders. En effet, le parti de Jean-Luc Mélanchon est lui aussi assez peu représenté au Parlement.

Deux programmes tranchés…

Le deuxième tour des présidentielles se résume donc à un affrontement entre l’extrême droite et le centre de l’échiquier politique. Avec deux programmes économiques et politiques que tout oppose:

  • Emmanuel Macron, le candidat centriste, est avant tout pro-européen et résolument en faveur des échanges commerciaux internationaux et de l’immigration. Il reconnaît que la France a jusqu’ici pris assez peu de mesures d’austérité. Il entend non seulement rétablir l’orthodoxie budgétaire (c.-à-d. ramener le déficit du budget français sous la barre des 3% du PIB imposés par l’Europe), mais aussi réduire de manière substantielle la taille de l’État et augmenter l’âge de la pension légale (actuellement fixé à 62 ans). Des positions qui amènent de nombreux commentateurs français à l’étiqueter plutôt de droite.
  • Marine Le Pen, candidate d’extrême droite, adopte sans surprise une position conforme aux idées de son parti. Elle veut sortir la France de l’euro et de l’Union européenne, restreindre fortement l’immigration, dénoncer les accords commerciaux et imposer des droits de douane sur de nombreuses importations. Elle promet d’engager 60.000 fonctionnaires supplémentaires. Pour financer ce programme, elle compte à la fois sur les taxes à l’importation et sur celles imposées aux entreprises qui emploient de la main-d’œuvre étrangère.

… mais inapplicables?

Si les deux programmes sont radicalement opposés, ils ont relativement peu de chance de passer tels quels; à moins d’un raz-de-marée en faveur du parti qui aura emporté les présidentielles lors des élections législatives prévues pour le mois de juin. Aucun des deux candidats ne déclare souhaiter d’alliance. Marine Le Pen table sur une majorité aux législatives ou sur le soutien de la droite la plus traditionnelle. Emmanuel Macron, pour sa part, espère susciter suffisamment de désistements à droite comme à gauche pour donner une majorité parlementaire à son parti – qui n’existait pas il y a un an.

Sauf en cas de surprise de taille, aucun des deux candidats n’aura la majorité. Le vainqueur devra se résoudre à un gouvernement "de cohabitation" et à la négociation avec la majorité parlementaire. Ils seront en tout cas confrontés à une France divisée qu’il faudra rassembler autour de leur projet.

Et l’économie?

L’économie française connaît une embellie en ce moment. Les économistes d’ING relèvent que le PIB français est reparti à la hausse en 2015 et en 2016. En effet, il a atteint des taux de croissance annuels de 1,2% et 1,1%. C’est moins que la moyenne européenne, mais nettement plus que la précédente moyenne française, qui plafonnait à 0,5% par an entre 2012 et 2014. Cette reprise est portée essentiellement par la consommation intérieure, mais elle ne suffira pas à diminuer le taux de chômage, actuellement de 10%, essentiellement causé par un marché du travail extrêmement rigide.

Sans surprise, ce sont les politiques prônées par le candidat du centre, Emmanuel Macron, qui auront l’impact le plus positif sur l’économie française. Cette dernière restera toutefois plus à la traîne que celle de ses voisins européens, notamment en termes d’exportations, d’après les économistes d'ING. En revanche, le repli sur soi préconisé par Marine Le Pen risque de pénaliser durablement la croissance du pays. Pour financer son programme, la candidate devra donc augmenter massivement la dette française, avec un impact probablement négatif sur les marchés financiers. De plus, les économistes estiment que si Marine Le Pen devait lancer un référendum sur la sortie de la France de l’Union européenne (le "Frexit"), le PIB baisserait de 10% au cours des trois années suivantes, ce qui représente une croissance négative de plus de 3% par an!

Et pour vos placements?

Comme toujours, il est bien difficile de faire des prédictions financières crédibles, surtout lorsque tant d’inconnues demeurent. En effet, nous ignorons l’issue du scrutin du 8 mai et celle des élections législatives de juin, ainsi que la capacité des candidats à mettre leur programme en œuvre, etc. Les marchés financiers, qui favorisent sans surprise le candidat du centre, ont probablement déjà intégré les risques liés à une éventuelle victoire de l’extrême droite dans leurs perspectives de taux d’intérêts et de cours. Plus que jamais, la diversification des placements et leur étalement dans le temps restent les meilleures armes pour faire face aux inévitables fluctuations des marchés.